Traduire est-ce trahir ?

Mise en page 1

C’est une question du Bac de graphisme… Dans le cadre de la réédition de L’Infirme aux mains de lumière, d’Édouard Estaunié, je me suis vu confier la mission à haut risque de mettre en page le court texte de Michel Ohl, Je dispatche Estaunié.  Tiré en 2004 à 40 exemplaires sur un format à l’italienne, cet objet calligraphique non identifié oscille entre la performance opiniâtre (l’auteur y décrit des « abandons planifiés » de livres d’Estaunié) et le collage pataphysico-géographique.

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Puisqu’il n’était pas possible de reproduire en fac-simile ces pages soigneusement écrites à main, j’ai dû déterminer un code typographique pour restituer les différentes couleurs d’encre, les graisses, les tailles de caractères et les inserts collés faisant office de citations. Mado a d’abord effectué un travail de fourmis pour taper le texte sur Word – il a fallu se munir d’une loupe et de quelques dictionnaires pour déchiffrer certaines formules… Puis, passé le temps de la perplexité, façon « poule devant un arrosoir », je me suis lancée dans ce casse-tête de caractères en tâchant de n’y point faire trop de [bas de] casse. Pataphysique, mais presque.

L’impression est en noir et blanc et le petit format empêche de jouer sur des effets de tramé qui ne seraient pas assez lisibles. Les passages repris des livres d’Estaunié sont en décroché dans la marge et soulignés d’un filet qu’on retrouve dans le texte, là où le collage est inséré. Puis jeux sur les polices avec ou sans empâtement, light, bold, condensed…

 

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Si je passe sur les moments d’exaspération pure – il suffit parfois d’une virgule ou d’un demi-cadratin pour faire chasser tout un paragraphe –, cet exercice d’orfèvrerie assistée par ordinateur a révélé le plaisir du métier de graphiste et j’ose espérer que le lecteur de ce Michel Ohl réinterprété saura se perdre dans les méandres de son langage labyrinthique tout autant qu’avec l’original.

 

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Auteur : Véronique Schiltz

Graphiste indépendante depuis 2000. Création visuelle. Édition. Communication globale.

Une réflexion sur « Traduire est-ce trahir ? »

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