Arcane 17

L’Étoile

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Carte de vœux inspirée de l’arcane 17 du jeu de tarot, du livre d’André Breton et du style de Le Corbusier (1887-1965)

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« Intuition de l’eau telle qu’elle est entendue au deuxième jour de la création, lors de la séparation « des eaux qui sont au-dessus de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessous de l’étendue » ». Comprendre (com-prendre) que la lumière qui coule au-dessus de la conscience et la poussée instinctive qui coule au-dessous de la conscience ne sont au fond que la même chose – séparée pour agir selon deux modes différents –, à savoir l’Eau, principe de la croissance et de l’évolution aussi bien biologique que spirituelle. » Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot, par un auteur qui a voulu conserver l’anonymat.

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Des bienfaits du livre de poche

Les éditions Gallimard viennent de publier, dans la collection « Poésie », un fac-similé du Chant des morts, de Pierre Reverdy, « enluminé » par Picasso. De ce livre culte, réservé à une poignée de bibliophiles, je ne connaissais que quelques planches, livrées au gré de catalogues ou de monographies.

Le livre de poche, même s’il n’a pas la beauté ni l’ampleur de l’original, offre l’avantage de donner une vision globale des poèmes manuscrits de Reverdy où viennent s’immiscer les larges coups de pinceau lithographiques du peintre.

En un instant, je peux faire défiler toutes les pages, et les dessins apparaissent soudain comme une « danse des vivants » répondant à ce magnifique « chant des morts ». Les lignes rouges irriguent d’un sang nouveau ce texte funèbre et flamboyant, écrit aux moments les plus sombres de la guerre.

« Ce n’est pas ta voix qui résonne Ce n’est pas ton profil dans le fond de mon œil Mais un feu plus loin dresse ses branches Un glacier dans la nuit verse ses diamants »…

Je regrette seulement que le papier couché, très blanc, ne rappelle pas l’aspect mat et poreux du grand livre initial, mais la lecture de ce « joyau » reste un pur moment de bonheur.

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Situations

Brochure pour l’Asti (Association de solidarité avec tous les immigrés) de Pessac.

Conçue par le photographe Jean-Christophe Garcia, cet album donne un aperçu des ateliers d’expression s’inspirant du Théâtre Forum brésilien : reposant sur des faits réels et des témoignages, il s’agit de « mettre en scène des situations concrètes et conflictuelles, ressenties comme stressantes par des protagonistes qui ne voient pas de quelle manière transformer ces situations vécues comme bloquées ». La parole est donnée à des représentants de la fonction publique – services sociaux ou fiscaux, poste, etc. –,  et à des femmes immigrées, entravées par leurs difficultés de communication. Les ateliers sont structurés en exercices physiques (marche, respiration…), séances d’improvisation (jeux de rôle) et témoignages collectifs. Pendant plusieurs mois, le photographe a fixé ces échanges pour aboutir à des tableautins où les gestes, les attitudes, les jeux de mains, les regards deviennent autant de clins d’œil à la peinture classique… Je parle à Jean-Christophe de Fra Angelico, de Georges de La Tour, jusqu’à Francis Bacon, tant l’expérience de la parole silencieuse s’exacerbe en des liens ténus qui unissent ou dispersent les personnages, comme figures lâchées sur cet obsédant et très actuel mur de parpaings rouge vif. 

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De la signalétique

Je connais les méandres de la Base sous-marine depuis dix ans, ses dimensions hors-norme, celles plus étriquées du musée de Libourne, du Musée Basque, ou du musée des beaux-arts de Pau, etc. Il ne m’avait encore jamais été donné l’occasion de travailler sur un lieu en train de se faire. La Cité du Vin de Bordeaux était encore en chantier lorsque j’ai eu l’opportunité de travailler sur la signalétique de son exposition inaugurale, une « Carte blanche » à la photographe Isabelle Rozenbaum. Un cahier des charges très clair. Mais il est difficile d’envisager des matériaux sans connaître l’espace à investir. Juste un plan de l’expo et, en tête, les avertissements de Daniel Ithié, l’imprimeur : il ne faut pas que les couches de peintures soient posées à moins de trois semaines, à cause du dégazage, et la poussière empêche une bonne adhésion des lettres… Enfin sur les lieux, accompagnée de Marion, Sandra et Sarah, casquée, chaussons de protection aux pieds, je découvre la proportion des cimaises dans cet espace vide qui se charge progressivement d’images virtuelles agencées selon des thématiques.

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Une typographie qui joue sur un registre moderne, avec quelques empâtements à la demande, selon l’espace réservé entre les lettres. Atypique, dorée, comme le toit de la Cité du Vin. Chaque texte est traduit en anglais et en espagnol.

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Des extraits du journal de bord d’Isabelle Rozenbaum, Tentative d’épuisement d’un lieu bordelais, viennent ponctuer l’accrochage et accompagner les photographies d’une réflexion sur le métier de voir. Laurence Chesneau-Dupin, l’une des commissaires, choisit d’ailleurs de présenter la version française en négatif, lettres blanches sur fond noir.

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Une affiche ratée

Prolongation jusqu’en automne de l’exposition sur les affiches de propagande au Centre Jean-Moulin.
Passés les premières lithographies, élégantes, inventives de Paul Colin, les tracts et autres placards pétainistes, au fond de la salle, je découvre une authentique Affiche Rouge. Je ne l’avais jamais vue en vrai. Je ne l’imaginais pas aussi grande ! 130 x 182 cm. Ça permet d’en analyser les détails. Pas de signature, seulement la mention « éditions CEA » (Centre d’études antibolcheviques).
Comment l’affichiste s’y est-il pris pour répondre au cahier des charges ? Objectif : alerter et faire peur.
Il choisit d’utiliser les mêmes codes « impactants » que le logo nazi : le rouge, le noir, le blanc, le rond et l’angle.

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Mais le message à faire passer est chargé. Il s’agit de faire tenir, dans une sorte d’entonnoir, le visage et le « pédigrée » des membres du groupe Manouchian (« Espagnol rouge », « juif polonais », « chef de bande »), leurs exactions, et un slogan qui se veut fort, choquant. Il est curieux de constater que le maquettiste ait usé d’un registre visuel qui se réfère à cet « art dégénéré » qu’est le cubisme – pulvérisation en gouttelettes pour suggérer le volume, assemblage déstructuré d’aplats et de photographies, collages hors cadre… Tout est réalisé avec soin, le dessin des lettres, le contour des portraits, les commentaires, dans un grand soucis de symétrie. 

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Pourquoi l’auteur a-t-il incliné la phrase d’accroche ? Pour hausser le ton ? Aboyer ? Mais le point d’interrogation achoppe dans l’angle supérieur et perd de sa force.
Le regard ne sait où porter son attention, il suit le mouvement du triangle accusateur, passe les informations très administratives sur les « terroristes » pour aboutir à un jeté d’images assez incompréhensibles et terminer sur ces mots : « Armée du crime ». Comme un oxymore. Pour quoi faire ? Il remonte donc et s’attarde sur les portraits de ces hommes déjà condamnés, déjà exécutés, dont l’aspect dépenaillé doit servir de repoussoir. Les légendes qui les accompagnent ont l’aspect de phylactères qui rendent au final ces morts étrangement vivants…

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Je fais quelques pas en arrière. Qu’est-ce que je retiens de cette affiche ? Si j’étais une passante dans les rues de Paris, en 1944…
D’abord ces deux mots : Libérateurs et Libération. Je ne vois plus les points d’interrogation ni d’exclamation. Les ronds, au centre, des visages inconnus cernés de noir, sont comme des impacts de balles… est-ce la Liberté qu’on assassine ? Après quatre ans d’Occupation, le mot porte l’idée de délivrance, enfin !
Ce pot-pourri, qui se voulait vénéneux, rate complètement sa cible. Le désordre dénoncé est celui qui rassemblera les énergies pour abattre la bête…

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La notice du catalogue indique en effet que « le retentissement de cette affiche n’eut pas l’effet escompté »…
L’Affiche Rouge est simplement devenue une icône du martyrologe de la Résistance, mais cela, le graphiste qui la composa ne l’avait pas prévu ! À moins que…

Hors-Champs

 

À consulter :

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L’exposition Hors} champs} se situe dans le prolongement des Jeux de mirages présentés à la Douëra en novembre 2011.

Axées alors sur une interprétation de l’orientalisme – bouleversée en chemin par l’émergence des révoltes au Maghreb –, les œuvres d’Isabelle Pierron revendiquaient de façon personnelle l’héritage des artistes européens fascinés par le monde arabe. Ses peintures, dessins, céramiques proposaient sur un large registre des clins d’œil à l’imagerie pittoresque autant que des interprétations sur le vif d’une actualité exaltante et tragique.

De son côté, Véronique Schiltz, en écho à l’œuvre d’Étienne Cournault (ancien propriétaire de la Douëra), reprenait la technique des miroirs gravés – qui permet en même temps de réfléchir et d’absorber l’image – pour aborder la question de l’interdit, par l’Islam, de toute forme de représentation figurative.

Cinq ans plus tard, l’intention reste la même : celle de s’interroger sur les échanges et les oppositions de regards qui ne cessent de s’exacerber, de se moduler, de se métamorphoser entre l’Orient et l’Occident.

En 2015, les événements dramatiques qui se sont succédé en Europe et au Moyen-Orient ont imposé une nouvelle donne. Si la réaction aux attentats parisiens a prouvé notre attachement aux valeurs des Lumières, jamais l’incertitude sur le sens à leur donner n’aura été aussi manifeste. Des principes moraux, spirituels ou politiques s’entrechoquent, nous obligeant à requalifier les bases de notre culture. L’Occident a développé une addiction à l’image : elle y est omniprésente, et en même temps paradoxale, puisque sa surabondance, sa surconsommation finissent par en épuiser la signification, en ruiner la force.

C’est sur le fil ténu de cette défaillance que s’engagent les artistes, plasticiens ou poètes, pour tenter de revitaliser cette matière hautement malléable et lui faire parler une langue universelle. Ambition trouble, immémoriale, à jamais déclassée, à jamais inqualifiable.

Nous sommes, à Nancy, les héritiers de Jacques Callot, premier imagier des coulisses de la guerre. L’Arbre des pendus n’est qu’un épisode des exactions à venir et Goya, puis Picasso, n’ont eu qu’à lever la tête, ouvrir le journal pour serrer le poing et jeter à la face du monde les contours d’une humanité abjecte.

2011-2016. Au déferlement des images du Printemps arabe, magnifiées par les médias, répondent aujourd’hui celles, triviales et désespérantes, de l’afflux des réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Ces foules anonymes, déracinées, démunies, embarrassent notre champ de vision.

La bienveillance et la compassion vis-à-vis des bouleversements lointains doivent aujourd’hui s’accommoder de cet objet direct du malheur. Et nous prenons sur nous cette terrible liberté de choix : voir, ne pas voir, ne pas vouloir voir.

Il suffit d’un clic.

L’exposition Hors} champs} met en scène cette contradiction fondamentale : alors que tout, dans notre environnement visuel, martèle la détresse de la condition humaine, par un effet d’accoutumance à l’horreur, nous nous habituons à la voir se volatiliser.

Que reste-t-il de palpable, de dicible ? Une émotion en partage, un élan compassionnel mais qui nous laisse orphelins de toute emprise sur le réel. Certains artistes, courageux, ont chaussé leurs bottes pour accompagner dans la boue les réfugiés de Calais ; ils ont fait circuler des images sur les réseaux sociaux – J’aime / Je n’aime pas…

Nous n’avons pas cette légitimité. Qui sommes-nous pour oser nous faire les interprètes d’événements que nous n’avons pas vécus ?

De simples témoins de notre époque, avec notre sensibilité en bandoulière. Et parce que l’art, la poésie sont le ciment qui nous fait tenir debout et nous encourage à n’être qu’un bout de rien face à la multitude, nous exposons notre point de vue.

Ces Hors} champs} sont en définitive des contre-champs : à la profusion des  portraits, scènes d’intérieur, foules, combats de rue, présentés à La Douëra, nous proposons aujourd’hui des vues dont l’humain est absent.

Les images-témoins de 2011 sont d’ailleurs reléguées à la cave, entassées comme vieux souvenirs au sous-sol de la Galerie Neuf.

Car la tragédie actuelle, dont le décor est fait de villes dévastées, ruines, campements déserts, traces de passages, objets de vie abandonnés…

énonce désormais une histoire qui se tait.

C’est dans l’interstice de ce silence que nous nous frayons un passage.

Isabelle Pierron présente de grandes compositions au fusain – technique volatile s’il en est, s’effaçant aussi facilement que la mémoire : camps de réfugiés, alignement de tentes à l’infini, villes effondrées en châteaux de cartes… Un état des lieux dépourvu de toute représentation humaine que la virtuosité de son trait léger et synthétique capte aussi furtivement que l’envol des oiseaux migrateurs.

« Que faire, que créer à partir d’images Internet, disponibles à profusion comme produits de supermarché ? Rangées par thème : “ruines en Syrie”, “explosions”, “tentes ”, il suffit de taper ce qu’on veut. Parmi ces photos en mosaïque, venues de sources diverses, cadrées, détaillées, légendées, certaines absorbent, attirent le regard.

Par le dessin, je trie dans l’image, la forme apparaît, en noir, en gris, je l’évide, jusqu’à dévoiler la structure  générique du sujet. Une explosion devient un motif, la ville sur laquelle elle s’abat est à peine esquissée, juste assez pour ancrer les volutes de fumées qui la font disparaître. Les ruines deviennent des volumes géométriques pris dans la matière homogène du dessin. Sous les tentes, la terre s’est effacée, elles flottent hors-sol, comme des vaisseaux fantômes, sans patrie.

Des conteneurs sont réduits à quelques traits en perspective, schémas de ce que nous appelons commodément des refuges.

Mais qu’abritent-ils ? Hommes ou marchandises ?

Ce travail s’achève avant que ne s’impose un nouveau motif : le barbelé…

Réaliser des dessins d’après ces images ingurgitées est une manière de rendre compte de leur répercussion, d’en partager l’impact, d’en proposer une lecture subjective. Tandis que le doigt et le plat de la main agissent, étalent le charbon pour le poser ailleurs, s’établit un dialogue intime, entre soi et les protagonistes devenus “hors-champ” de l’image, comme de notre monde. »

En réponse, Véronique Schiltz utilise des bâches de lits de camp, des miroirs à bon marché pour s’inscrire dans la logique de la précarité et n’utiliser que des produits communs, ménagers : eau de Javel, décapant, acide chlorhydrique. Tout un arsenal pour remonter à la source de l’image et en souligner – avec des gants en caoutchouc – toute la noblesse et la force lorsqu’elles se combinent pour qualifier le regard, enchanter l’existence.

Le stade du miroir : s’il est dit que « les yeux sont le miroir de l’âme », le miroir est, lui, vecteur du trouble qui nous anime dans notre propre rapport à l’image. Celle de soi, superposée à la conscience de l’autre.

Graver sur un miroir, en éliminer le tain – et, par conséquent, annihiler sa fonction réfléchissante – oblige à se confronter à l’ambivalence de la présence / absence de l’image et accepter le doute sur sa réalité même.

Cette surface plus que polie est froide, inerte, peu propice aux effets de matière, et, par essence, purement intellectuelle. Une aire de jeu trop chargée de sens sur laquelle peu d’artistes, à l’époque moderne, se sont aventurés. Mais, depuis les installations de Michelangelo Pistoletto, dans les années 1960, l’emploi du miroir s’est immiscé dans l’art contemporain comme support de nouvelles interrogations.

C’est pourquoi l’œuvre d’Étienne Cournault, qui a expérimenté, dès les années 1930, la technique du verre églomisé dans ses compositions cubistes, reste pionnière et unique. Virtuose et poétique, elle se place dans un registre esthétique qui intègre le miroir comme support qualitatif à un savoir-faire proche de l’orfèvrerie.

En écho, ou plutôt à l’opposé, Véronique Schiltz utilise des miroirs de bivouac, vendus en grandes surfaces, témoins banals des gestes quotidiens, pour se concentrer sur le sens que le phénomène de la réflexion induit.

À la Douëra, la pièce Et si les iconoclastes avaient raison ? jouait sur la lecture croisée des mots gravés en arabe et leur traduction, cachée derrière les cadres, dont seul le miroir du fond permettait la lecture. Cette composition est installée une nouvelle fois à la Galerie Neuf, puisque son propos reste plus que jamais d’actualité.

Si le principe de l’exposition Hors } champs } est de suggérer la présence humaine à travers son absence, c’est le visiteur lui-même qui lui restitue sa réalité d’ici et maintenant, dont le reflet se superpose à l’image de l’ailleurs intemporel.

La tragédie des clandestins morts étouffés dans un camion, en 2015,

a réveillé les images d’horreurs que l’humanité porte en mémoire lorsqu’il est question de réduire des hommes à l’état de marchandises encombrantes, déplacées, entassées, et dont on veut se débarrasser. Toujours la même histoire, sans cesse ressassée.

L’idée de broder des camions de migrants est venue des accrocs grossièrement raccommodés par endroits. La facture maladroite des broderies évoque les travaux manuels de l’enfance – temps de l’innocence et de la légèreté – dont l’esprit se heurte d’autant plus brutalement au sujet abordé qu’il nous renvoie à un monde de violence et de barbarie, jamais en repos.

Traduire est-ce trahir ?

Mise en page 1

C’est une question du Bac de graphisme… Dans le cadre de la réédition de L’Infirme aux mains de lumière, d’Édouard Estaunié, je me suis vu confier la mission à haut risque de mettre en page le court texte de Michel Ohl, Je dispatche Estaunié.  Tiré en 2004 à 40 exemplaires sur un format à l’italienne, cet objet calligraphique non identifié oscille entre la performance opiniâtre (l’auteur y décrit des « abandons planifiés » de livres d’Estaunié) et le collage pataphysico-géographique.

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Puisqu’il n’était pas possible de reproduire en fac-simile ces pages soigneusement écrites à main, j’ai dû déterminer un code typographique pour restituer les différentes couleurs d’encre, les graisses, les tailles de caractères et les inserts collés faisant office de citations. Mado a d’abord effectué un travail de fourmis pour taper le texte sur Word – il a fallu se munir d’une loupe et de quelques dictionnaires pour déchiffrer certaines formules… Puis, passé le temps de la perplexité, façon « poule devant un arrosoir », je me suis lancée dans ce casse-tête de caractères en tâchant de n’y point faire trop de [bas de] casse. Pataphysique, mais presque.

L’impression est en noir et blanc et le petit format empêche de jouer sur des effets de tramé qui ne seraient pas assez lisibles. Les passages repris des livres d’Estaunié sont en décroché dans la marge et soulignés d’un filet qu’on retrouve dans le texte, là où le collage est inséré. Puis jeux sur les polices avec ou sans empâtement, light, bold, condensed…

 

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Si je passe sur les moments d’exaspération pure – il suffit parfois d’une virgule ou d’un demi-cadratin pour faire chasser tout un paragraphe –, cet exercice d’orfèvrerie assistée par ordinateur a révélé le plaisir du métier de graphiste et j’ose espérer que le lecteur de ce Michel Ohl réinterprété saura se perdre dans les méandres de son langage labyrinthique tout autant qu’avec l’original.

 

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